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Lettre ouverte aux producteurs de l’émission Mise au Point

Nous (fédération des chasseurs romands) avons visionné avec intérêt votre récent sujet sur la chasse au Trophée en Valais. Nous constatons que votre journaliste a réalisé un travail d’enquête fouillé, mais ne pouvons que regretter que son résultat soit largement orienté contre la chasse en général, et malheureusement lacunaire, et imprécis.

Nous comprenons évidemment la sensibilité de ce sujet, et nous ne faisons pas le prosélytisme de ce type de chasse. Nous ne nous exprimons pas non plus sur vos affirmations quand au fonctionnement du service valaisan de la chasse, il appartient à ce dernier de vous répondre.

Néanmoins, et s’agissant d’un sujet aussi complexe, nous aurions attendu un traitement plus nuancé, plus précis dans certains aspects, et bien plus global sur d’autres.

Permettez-nous de relever quelques-uns des points qui nous ont interpellés :

  • Vous partez du principe, dès les premières secondes, que la chasse au trophée n’est qu’un loisir perfide et destructeur réservé à une élite financière, qui plus est féminine et blonde. Une telle exploitation des clichés est plus que regrettable, et nous sommes en droit d’attendre un traitement plus subtil de la part d’un média de service public. Les personnes qui s’offrent une chasse au trophée ont tous des profils différents. Certains sont de conditions sociales moyennes, et s’offrent une fois dans leur vie un tel voyage.
  • Vous parlez de la spécificité valaisanne quant à la chasse payante pour les étrangers, sans la placer dans son contexte global. Il eut été intéressant pour les téléspectateurs de d’abord disposer d’information sur l’état des populations dans notre pays, le meilleur de l’arc alpin, et de stipuler que le bouquetin est d’abord chassé par les titulaires de permis cantonaux. Vous auriez pu préciser que la chasse au bouquetin est réglementée selon des quotas précis et que les plans de tirs (nombres, âges et sexes) doivent être validés par la confédération et l’OFEV. Et si la chasse payante au bouquetin est effectivement une spécificité valaisanne discutable, elle reste marginale en rapport aux nombres de bouquetins tirés dans notre pays. À noter encore qu’il est possible d’acquérir des droits de tir sur des mouflons (protégé en Suisse) dans certaines régions de France, selon des modalités comparables. Le Valais ne fait que suivre une pratique courante dans les milieux de la chasse.
  • L’un de vos interlocuteurs laisse entendre que les pierres à sels disposées dans les alpes seraient des appâts qui servent à contenir les populations dans un endroit donné, afin de pouvoir être facilement tirées. Plus tard, vous affirmez que les plus beaux spécimens de bouquetins sont attirés, ou tout au moins pisté sur le territoire Suisse, et abattu une fois la frontière passée (tout en montrant en illustration le tir d’un bouquetin à Ardon, pas réellement sur la frontière). Ces affirmations auraient dues être confrontées à l’avis d’un biologiste ou éthologue, et qui aurait probablement évoqué la sédentarité des bouquetins, ainsi que l’absurdité des propos tenus.
  • Vous prenez encore pour argent comptant les dires de votre interlocuteur de terrain, qui parle de l’appauvrissement génétique de l’espèce à cause de la chasse. Alors que les prélèvements favorisent justement un brassage génétique indispensable. Une récente étude menée par WSL, conclu notamment à : « l’absence d’impact négatif de la chasse au bouquetin sur la constitution des animaux au cours des 40 dernières années ».
  • Vous utilisez encore volontiers une terminologie racoleuse, en parlant de juteux business pour l’état alors qu’il n’aurait pas été compromettant d’évoquer une source de financement durable et bienvenue pour un service cantonal ?
  • Vous n’hésitez pas à faire des amalgames simplistes, entre le tir des lions, les chasses dites en boîtes (lions d’élevage en Afrique du Sud), et celle du bouquetin, sans aucune différenciation ni précision. En vous aventurant en dehors des frontières Suisse, vous auriez au moins pu tenter d’en savoir plus sur la chasse au trophée dans certaines régions du monde, et relever que des espèces ont justement été sauvées grâce à cette chasse.

Nous pourrions poursuivre cette liste, mais l’essentiel est dit et démontre combien votre approche a été faite à charge, ce qui est vivement regrettable.

Nous défendons comme vous la liberté d’information et les droits qu’elle implique, la liberté du commentaire et de la critique, et concevons sans problème que la chasse, et a fortiori la chasse au trophée, puissent porter à débat. Nous estimons toutefois que le débat est justement absent de votre sujet qui ne véhicule qu’un point de vue moraliste et manichéen. L’analyse, et une présentation objective et complète de la réalité sont absentes de ce sujet.

Nous nous tenons évidemment à votre disposition pour apporter d’éventuelles précisions. Nous vous adressons nos cordiales salutations.

Pour Diana Romande, Pascal Pittet, Président.

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Safari n.
(Late 19th century, word Kiswahili, from Arabic safara, to travel)
An expedition to observe or hunt animals in their natural habitat, especially in East Africa.